Photo Cyril Lignac  Fan de ...Cyril Lignac


15 août 2007

Joël Robuchon et Cyril Lignac : Confrontations de points de vue sur leur métier

Retrouvez une interview parue dans Le Figaro Magazine pour Franck Prignet sur Joel Robuchon et Cyril Lignac qui confrontent leur point de vue sur leur parcours, le film Ratatouille etc...en voici un extrait :

Le premier est l'un des plus grands chefs français. Le second s'est fait connaître avec l'émission «Oui chef !» sur M6. Deux visions de leur métier ?


C'est toujours passionnant de voir les passerelles entre les générations. Elles sont multiples, cocasses et touchantes. Voir Cyril Lignac, admirable animal de communication lissée, se confier à un grand ponte de la haute toque, constitue un morceau de choix. Le jeune chef lancé par les médias comme des tagliatelles dans de l'eau bouillante est en fait un vrai jeune chef : il a appris ses gammes et rêve de rejoindre les anciens. Joël Robuchon, lui, n'a plus rien à prouver. Il a atteint un stade de sérénité où il peut se traiter lui-même de «vieux con» redécouvrant la simplicité de la cuisine. Tous deux partagent la même foi, les mêmes mots vibrants (le produit !). Joël Robuchon sort d'une génération brimée et martyrisée, découvrant sur le tard le bonheur de la liberté, alors que Cyril Lignac, qui a été conseiller sur le film Ratatouille, réalise à peine l'immense privilège d'être accéléré au micro-ondes. C'est un peu Jean Gabin regardant d'un oeil attendri Mickey Mouse.


Le Figaro Magazine - Que pensez-vous du dessin animé «Ratatouille» ?

Cyril Lignac - J'ai été l'un des conseillers du film. Je trouve l'histoire géniale. Ce rat est très drôle et si attachant !

Joël Robuchon - Un rat ? ! Pour ma génération, c'était la hantise de tous les cuisiniers. J'en avais peur. J'ai le souvenir, à mes débuts, d'avoir ouvert un matin le garde-manger : un rat énorme me regardait. C'était horrible. On a voulu le chasser avec des tisonniers. C'est pour le moins bizarre d'en faire un chef !

(...)



Avez-vous connu des moments difficiles à vos débuts ?


J. R. - Lorsque j'ai débuté à l'âge 15 ans, on avait des journées de quinze heures. En fin de service, il fallait faire la vaisselle et, entre les repas, passer la tondeuse à gazon. J'étais près de Poitiers, à la campagne ; le soir, il y avait toujours des corvées jusqu'à 11 heures. L'été, on n'avait pas de repos. Je me suis vu terminer des services en pleurant. Même après, à Paris, à l'Auberge du Vert-Galant, sur l'île de la Cité, avec les fourneaux à charbon, on était noir de suie. C'est pour ça qu'il y avait si peu de femmes tant les conditions étaient éprouvantes ! A un moment donné, j'ai failli arrêter.

C. L. - J'ai fait mon apprentissage dans l'Aveyron. Je n'étais pas vraiment motivé pour ça. Je ne me sentais pas toujours capable. C'était trop dur.



Vous souvenez-vous de cet instant magique où la passion l'a emporté ?


J. R. - J'ai eu la chance de rencontrer des chefs qui m'ont galvanisé. Ils étaient chaleureux, ils me poussaient. J'ai découvert la passion et l'ambition beaucoup plus tard, avec des cuisiniers comme Jean Delaveyne et les Compagnons du tour de France. D'un seul coup, une liberté m'envahissait. J'ai dû attendre vingt-huit ans pour cela.

C. L. - C'est en passant à la pâtisserie que j'ai pris du bonheur. Je n'étais plus le même. Je ne pensais qu'à ça. Quand je rentrais à la maison, je m'habillais en cuisinier.

(...)

Dans «Ratatouille», il est question de la diversification des chefs qui font des produits pour l'agroalimentaire. Comment gérez-vous cette évidente contradiction ?


J. R. - Je suis fier de travailler avec Fleury Michon depuis vingt ans. Je crois que les chefs ont fait beaucoup évoluer ce secteur. Nous avons contribué à éliminer toutes les boîtes à pharmacie et les additifs. Sur les jambons, le progrès a été remarquable. J'ai beaucoup plus de plaisir à travailler sur des produits bon marché que sur le foie gras.

C. L. - Si les industriels viennent à nous, c'est qu'on peut leur apporter quelque chose. Chez Findus, j'ai l'honneur de prendre la suite de Michel Guérard. J'ai dû travailler comme un fou pendant une année pour réussir à améliorer des produits à cinq euros !
(...)


La cuisine française est-elle la meilleure au monde
?

C. L. - Il n'y a pas une meilleure cuisine, mais une cuisine que l'on a envie de manger.

J. R. - La cuisine française est celle que j'aime le mieux, même à l'étranger.

(...)


Qu'est-ce qui vous différencie finalement ?


C. L. - Joël Robuchon est meilleur ouvrier de France, je ne le suis pas. Les jeunes chefs de ma génération marchent dans son sillon. Des agneaux et des boeufs, il en a mangé à toutes les sauces. S'il les cuisine à sa manière, c'est qu'il doit avoir raison.

J. R. - Je pensais que Cyril Lignac appartenait à cette génération Kleenex des chefs précipités devant les caméras. Or je découvre un vrai cuisinier classique avec des bases. Son parcours et le mien ont quelque chose de similaire. Nous formons des jeunes. Nous sommes des passeurs.
(interview dans son intgralité)

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